Conservatoire d’espaces naturels de Lorraine

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17 février 2021 Actualités 0 commentaire(s)

Plaidoyer pour les vieilles forêts

Plaidoyer pour les vieilles forêts

 

La forêt : ce mot est en lui-même déjà une source inépuisable de références, qu’elles soient littéraires, historiques, scientifiques, économiques. Notre imaginaire collectif en fait le repaire des peurs ancestrales comme le refuge du merveilleux et de la liberté. S’y croisent des bandits brutaux et des elfes gracieux, le grand méchant loup et les fées des arbres, la sorcière et Robin des bois.

La forêt est surtout perçue par tous comme l’espace naturel par excellence. Pourtant, en France, l’immense majorité des forêts est exploitée, voire « jardinée » par l’homme. Et si sa surface a doublé depuis les environs de 1830 (quand le couvert forestier national fut le plus faible), la forêt française est bien souvent constituée de jeunes arbres. Il est vrai que le cycle de vie naturel d’une forêt est de l’ordre de 6 siècles ! La gestion forestière lui a octroyé, au mieux, un cycle de production sur deux siècles, qui tendrait à se raccourcir. Et environ 80 % de nos forêts, actuellement, ont moins de 100 ans…

Or une forêt, pour accueillir une biodiversité maximale, se doit d’abriter tous les stades de son cycle de vie, y compris de très vieux arbres et du bois mort en quantité, aussi bien « debout » que « couché ». C’est seulement dans ce cas que la forêt pourra présenter tous ces micro-habitats qui accueillent chacun une flore et une faune dédiée. Il existe par exemple des insectes spécifiques à ces creux remplis d’humus qui se forment dans les fourches des branches sur les vieux arbres. Et la communauté qui dépend du bois mort (les champignons et insectes dits «saproxylophages » et leurs consommateurs) représente à elle seule 1/3 de la biodiversité forestière.

Voilà donc pourquoi les « vieilles forêts » sont tant étudiées et représentent un tel enjeu. Mais attention : des termes proches fleurissent au hasard des publications, qui pourraient nous égarer. Ainsi, une « forêt ancienne » n’est pas nécessairement une « vieille forêt » ! Cela signifie bien qu’elle est restée une forêt depuis longtemps, mais les arbres qui la composent aujourd‘hui peuvent être tous jeunes, du fait de son exploitation… Pour être qualifiée de « vieille », elle devra AUSSI être « mature », c’est-à-dire compter parmi ses arbres des individus âgés, aux derniers stades de ce qu’on nomme la sylvigénèse », et du bois mort en quantité.

Une vieille forêt n’est pas non plus forcément une « forêt vierge », qui ne serait pas marquée, ou presque, par l’action de l’homme, ni même une forêt « subnaturelle », c’est-à-dire abandonnée depuis au moins la seconde guerre mondiale et qui se régénère par voie naturelle depuis.

Une définition complète se dessine : une forêt ancienne est une forêt idéale… Elle est peu exploitée depuis des décennies, ce qui laisse la place à tous les stades de son évolution naturelle. Des « arbres-habitats et du bois mort en quantité en fond un véritable réservoir de biodiversité. Elle est composée d’espèces indigènes, se renouvelle naturellement, et n’est pas fragmentée par des voies de circulation, ce qui permet à sa faune de se déplacer en toute quiétude.

Mais alors, que faire de nos forêts, qui nous fournissent tant de matériaux indispensables et que nous ne pouvons PAS ne plus exploiter ? Des solutions permettent de maintenir une trame de vie au sein de la matrice exploitée : conserver par exemple au moins 10 « arbres-habitats » par hectare, et sur cette même surface 20 m3 de bois mort de grosse section. Favoriser la présence de mardelles forestières. Identifier et préserver des « îlots de sénescence », de 1 à 10 ha, où la forêt est laissée en libre évolution. Ces zones permettront une survie d’un maximum d’espèces, tant qu’elles pourront rester connectées et jouer leur rôle de sanctuaire.

 

Parmi ces espèces, en voici quelques-unes qui, si vous les observez, vous indiqueront la proximité de zones où la forêt est, sinon vieille, tout au moins mature, voire « à caractère naturel ».

  • Le Lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria) fait partie des nombreux lichens des forêts naturelles. Facilement reconnaissable à son thalle de grande taille, c’est sans doute le meilleur indicateur de faible perturbation d’une vieille forêt. On imagine bien qu’il n’est pas fréquent de le croiser … 
  • Le Muguet (Convallaria majalis) : il ne pousse en grande population que dans les forêts anciennes. En effet, le Muguet de propage très lentement, grâce à ses rhizomes plus que par la dispersion de ses graines. De plus, le moindre retournement du sol signe son arrêt de mort. Dans une parcelle de forêt transformée en culture, même plusieurs décennies auparavant, il est absent.
  • Le Pic noir (Dryocopus martius) : Il faut à ce colosse parmi les Pics des arbres de gros diamètre pour y creuser sa « loge », laquelle fournira ensuite un logement de choix à d’autres espèces. Il lui faut aussi, en quantités appréciables, des larves d’insectes mangeurs de bois mort. Il les trouvera à coup sûr dans une vieille forêt, à défaut dans un îlot de sénescence.
  • Le Pique-prune (Osmoderma eremita) : Ce coléoptère est devenu une espèce rare en France. Et pour cause : il habite les cavités creusées et remplies de terreau des vieux arbres, ces vieillards dits « sénescents » qui s’accrochent à la vie … quand l’exploitation forestière ne les sacrifie pas sur l’autel de la productivité. La création de sanctuaires de nature est son seul espoir de survie.
  • Le Murin (ou Vespertilion) de Bechstein (Myotis bechsteinii): Parmi les quelques espèces de chauves-souris forestières (comme les Barbastelles), celle-ci est caractéristique des forêts matures. Les trous de pic noir accueillent souvent des groupes ne hibernation, comme les écorces décollées des vieux arbres. Le Murin de Bechstein arpente les étages intermédiaires et la canopée des vieilles forêts où il capture les insectes volants.
  • Enfin, de nombreux champignons se rencontrent sur les arbres vieillissants ou morts et sur le bois au sol. Leurs propriétés médicinales font l’objet de nombreuses études. Certains comme les Hericium sont indicateurs de la maturité d’une forêt.

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